Rapport de visite de terrain Étudiants en Génie Civil Bac II

                                                               Site 4 — Centrale hydroélectrique Kabu-16

4.1 Historique et calendrier du projet

Adopté dès 2011, le projet de la centrale hydroélectrique Kabu-16 a fait face à d’importants retards d’exécution. Initialement prévus pour mi-novembre 2012 avec un délai d’exécution de 34 mois, les travaux préparatoires n’ont démarré qu’en 2017, suivis du lancement effectif du chantier de construction en mars 2019. En octobre 2023, le taux d’avancement physique était estimé à 94 %.

Cette trajectoire s’explique par plusieurs facteurs conjoncturels et techniques :

  • Facteurs politiques et sanitaires : L’impact de la crise politique de 2015 ainsi que les perturbations liées à la pandémie de COVID-19.
  • Contraintes financières : Des suspensions temporaires de décaissement par l’Exim Bank à la suite de retards de remboursement.
  • Défis techniques : Des réajustements techniques tardifs dus à une inadéquation entre les études initiales — datant de la présidence Bagaza — et les réalités du terrain.

4.2 Localisation géographique

La centrale hydroélectrique Kabu-16 (Kaburantwa 16) est implantée au nord-ouest du Burundi, sur le cours de la rivière Kaburantwa. Ses infrastructures se répartissent sur deux zones distinctes :

  • Le barrage d’aménagements : Situé en commune Murwi, à cheval sur les collines Rugano, Ngoma et Rema.
  • La centrale électrique : Érigée sur la colline Muremera (zone Buganda, commune de Buganda/Cibitoke).

4.3 Caractéristiques techniques

Type d’aménagement Barrage avec conduite forcée et tunnel d’amenée vers une centrale en contrebas
Puissance installée 20 MW (2 turbines Francis de 10 MW chacune)
Longueur du tunnel d’amenée Plus de 2 300 mètres, depuis la retenue jusqu’à la centrale
Équipementier électromécanique Voith Hydro (Allemagne) — turbines Francis
Entreprise de génie civil Angelique International Limited (Inde)

 

4.4 Ouvrages et aspects de génie civil

  • Ouvrage de prise d’eau et dérivation : Barrage de dérivation érigé sur la rivière Kaburantwa, couplé à une prise d’eau orientée vers la galerie d’amenée.
  • Galerie d’amenée souterraine : Tunnel sous pression de plus de 2,3 km de long, constituant un ouvrage souterrain majeur qui témoigne de la maîtrise des techniques de forage et de soutènement en milieu montagneux.
  • Chambre des vannes et conduite forcée : Dispositif assurant le jonctionnement entre la galerie souterraine et la centrale située en contrebas afin d’exploiter la hauteur de chute.
  • Centrale de production : Bâtiment usine conçu pour abriter deux turbines Francis, dimensionnées pour des chutes importantes et des débits moyens.
  • Infrastructures routières : Voie d’accès dédiée de 21 km reliant directement le site du barrage à l’axe routier principal.

4.5 Processus de conversion énergétique et fonctionnement technique

  1. a) Retenue et dérivation (Prise d’eau)

Le barrage en béton et enrochement capte les eaux de la rivière Kaburantwa. La configuration du site permet de valoriser une hauteur de chute brute de 191 mètres, garantissant une pression optimale à l’injection des turbines.

  1. b) Adduction et conduite forcée

L’eau captée est acheminée à travers la galerie d’amenée puis s’engouffre dans la conduite forcée. C’est le franchissement de ces 191 mètres de dénivelé qui transforme l’énergie potentielle de l’eau en énergie cinétique et sous pression à l’entrée de l’usine.

  1. c) Turbinage (Turbines Francis)

La centrale abrite deux turbines Francis verticales de 10 MW chacune (pour une puissance installée totale de 20 MW), fournies par le groupe allemand Voith. Adaptées aux chutes moyennes à hautes combinées à des débits modérés, ces turbines à réaction convertissent l’énergie hydraulique sous pression en énergie mécanique de rotation via l’action du flux d’eau sur leurs aubes.

  1. d) Production d’électricité (Alternateurs)

Chaque turbine est couplée à un alternateur synchrone. Entraîné par l’axe de la turbine, l’alternateur convertit l’énergie mécanique de rotation en énergie électrique sous forme de courant alternatif triphasé.

  1. e) Élévation de tension (Poste d’évacuation / Switchyard)

Un poste de transformation et de commutation à ciel ouvert, situé sur le site, élève la tension de sortie des alternateurs. Cette augmentation de tension est essentielle pour minimiser les pertes par effet Joule lors du transport de l’électricité.

  1. f) Transport et lignes de transmission

L’énergie produite est injectée dans le réseau via les lignes de transmission haute tension construites dans le cadre du projet, raccordant la centrale aux nœuds de distribution régionaux et nationaux.

  1. g) Intégration et dispatching national

Une fois injectée sur le réseau interdépartemental, l’électricité est prise en charge par la REGIDESO. Celle-ci assure l’équilibrage et la répartition de la charge (dispatching national) en synergie avec les autres centrales du parc national (Rwegura, Mugere, Jiji, etc.).

                                                                        Site 5 — Port de Bujumbura

5.1 Localisation et contexte

Implanté sur la rive nord-est du lac Tanganyika, au cœur de la capitale économique du Burundi, le Port de Bujumbura a été construit dans les années 1950. Il occupe le premier rang des infrastructures portuaires du lac, devant Mpulungu (Zambie), Kalemie (RDC) et Kigoma (Tanzanie). En raison de sa position stratégique, le site se trouve au carrefour des principaux corridors de transport régionaux : le Corridor Nord (vers Mombasa), le Corridor Centre (vers Dar es-Salaam) et le Corridor Sud (reliant la Zambie et, à terme, le reste de l’Afrique australe).

5.2 Aspects de génie civil observés

  • Ouvrages de quai en béton armé, dimensionnés pour résister à la poussée des terres et aux surcharges d’exploitation.
  • Dragage et élargissement du bassin portuaire pour accueillir des navires de plus grand tonnage.
  • Digue à talus protégeant le bassin de la houle générée par le vent du sud.
  • Terminal à conteneurs : cour bétonnée, postes d’accostage renforcés, canalisation des eaux pluviales.
  • Chantier naval moderne (cale de halage / dock flottant).
  • Voies internes et zones de stockage dimensionnées pour le trafic à l’horizon 2030.

                                                                       Conclusion générale

Cette visite de terrain a offert aux étudiants de deuxième année de licence (Bac 2) en Génie Civil l’opportunité de confronter leurs acquis théoriques — notamment en hydraulique, géotechnique, béton armé et ouvrages d’art — à la réalité opérationnelle de grands projets d’ingénierie.

L’exploration de ces cinq sites majeurs met en lumière la diversité du secteur et la complémentarité des compétences mobilisées :

  • Aménagements hydrauliques et de retenue : analyse des ouvrages de Jiji, Rwegura et Kabu-16 ;
  • Énergies renouvelables : observation des installations solaires de Mubuga ;
  • Infrastructures portuaires et lacustres : étude des aménagements du Port de Bujumbura.

En reliant la théorie de la classe aux contraintes réelles des chantiers d’envergure nationale et internationale, cette immersion constitue une étape clé dans le parcours de formation des futurs ingénieurs.

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